Une marque dans votre Vous

Posted On juillet 11, 2009

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The evening post - by our correspondant-

--"Une marque dans votre Vous"--

L’ agent me fait signe de m’installer dans le fauteuil face à sa cliente. Celle-ci a ses cheveux relevés dans un simple chignon: à la fois décontracté et chic. Elle m’a tout de suite paru plus sûre d’elle. Plus qu’avant.

Je m’assois et sors mon dictaphone. Elle me gratifie d’un petit sourire tandis que son agent commence à s’impatienter.

“Mlle E. 10 juillet 2009. 13h15.”

Je débute toujours mes interrogatoires de la sorte: nom de la personne, date et heure.

“-Qu’est-ce que l’échec pour vous?”

J’attaque. Elle sourit. Elle s’attendait à cette question.

“Le revers éprouvé par quelqu’un qui voit ses calculs déjoués, ses espérances trompées.”

Elle marque une pause.

“Ce que dirait Le petit Robert”.

Charmant.

-”Et, vous êtes d’accord avec cette définition?

-C’est beaucoup plus compliqué, beaucoup plus.”

Elle sourit encore. Décidément.

“-Un échec change beaucoup de choses.

-Comme? demandai-je.

-La vision du monde, je crois. Vous voyez sous un autre angle, avec d’autres critères. Et voir le monde d’une autre façon vous change également. On en ressort différent.

-Jugez-vous qu’un échec rend plus fort?

-Il faut savoir l’accepter pour qu’il nous rendre plus fort. Le dépasser.

-Vous l’avez dépassé?

-J’ai eu une autre chance. Je l’ai saisie. J’ai réussi.

-Donc vous ne l’avez dépassé que par la réussite?

-Oui. Vraiment. Réussir m’a permis de rebondir, de pouvoir à nouveau me regarder droit dans les yeux devant un miroir. De pouvoir reprendre confiance en moi. Et ça, c’est vraiment important.

-Vous aviez perdu confiance en vous?

-Oui. Quand vous rencontrez l’échec,tout est bombardé autour de vous. Vous avec. Ça fait mal. Très mal, de comprendre que le monde peut tourner sans vous. L’être humain est égoïste. Moi aussi. Je n’arrivais pas à accepter que moi, j’avais échoué. Parce que parfois on oublie que l’on n’est pas infaillible. Et ces pensées tournent autour de vous, reviennent sans cesse comme un boomerang. Anesthésiée parfois, à vif d’autres, obsédée par ce vide après le bombardement. Vous avez échoué, vous n’êtes pas infaillible: vous perdez confiance en vous. Vous doutez. Le doute, toujours omniprésent.

-Alors votre définition de l’échec?

-Un échec ne se définit pas, mais se vit. Vous pourriez rassembler des tas de témoignages, des tas de définitions. Mais si vous même n’avez pas vécu l’échec, vous ne pourrez comprendre. On ne peut imaginer ce que ça fait que de se voir “échec et mat”. Et puis chaque être réagit différemment. Et même, une fois que vous aurez surpassé votre échec… vous ne pourrez comprendre la personne qui le traverse tout juste. L’échec se vit au moment où vous le rencontrez. Chaque être humain a ses propres sentiments face à l’échec, plus ou moins intenses. Chaque être réagit différemment. Un échec reste un échec. Mais chacun le vit… à sa sauce.

-Est-ce que le soutien de l’entourage est important?”

Elle rougit.

“-Oui. Bien sûr, c’est important de savoir qu’il y a des gens derrière vous. Des gens qui vous aiment et qui sont là quoiqu’il arrive. Mais c’est votre traversée du désert. Vous êtes seul dans la tempête de sable, et même si vous recevez de temps à autre un petit mot de soutien, vous continuez à être seul. On ne peut diminuer votre peine, votre rage, vos regrets. C’est votre fardeau.

-Alors c’est un oui mitigé.

-Parfois vous avez envie de tout envoyer foutre en l’air. De prendre vos clics et vos clacs, partir. Ou boire une potion à vous faire tout oublier. Souvent j’ai souhaité oublié. Boire? Me droguer? Me suicider? Beaucoup d’options. Mais malgré cela, et parce que je savais que j’aurais une deuxième chance, j’ai voulu continuer à croire en cet espoir fou de revanche. J’étais peut-être encore trop fière pour baisser les bras. Peut-être que l’être humain est fait pour espérer. Parfois j’avais même honte de l’espoir que je ressentais. Et, quand il y a des gens derrière vous … vous avez peur de les décevoir à nouveau. Et d’être à nouveau décevante, vous fait peur. Et la peur engendre la peur.

-Les mauvais rêves?

-Oui. Souvent. Très. A l’époque bien entendu. L’échec est un cercle vicieux.

-L’échec a-t-il quelque chose de positif?

-Malgré tout, et avec mon étonnement, et bien entendu… une fois qu’on a surpassé ça, l’échec m’a apporté quelques choses positives. D’abord ma vision du monde: ce changement, cette nouvelle perspective … J’ai vu le monde avec des yeux neufs. L’échec m’a permis aussi de grandir, enfin de mûrir. L’échec m’a permis de faire le tris: de me débarrasser du futile. Garder l’essentiel. L’échec m’a permis de mieux me comprendre: connaître une autre partie de moi. L’échec m’a donné des moyens: une force quasi constante pour affronter l’autre tentative. L’échec “anéantisseur” et l’échec “reconstructeur”. Paradoxal. Très. Mais c’est ainsi. C’était.

-Êtes-vous immunisée maintenant?

-Non. J’ai rencontré un type bien particulier d’échec. Il en existe beaucoup d’autres. Personne ne sait ce qui nous attend demain. J’ai survécu à une bombe. Je suis entière mais changée. C’est tout.

-Et la délivrance? On ressent quoi?

-Là encore… je ne peux décrire. Le soulagement. L’excitation. La joie. Les larmes. C’est confus et diffus.”

L’agent commence à nouveau à s’impatienter.

“-Mlle E, un dernier mot. Quelle leçon retirer de tout ceci?

-L’échec est souvent une conséquence d’un risque ou plusieurs. Vous avez perdu, mais risqué. Et risquer, c’est faire des choix. Et faire des choix, risquer… c’est vivre. Malgré tout ce que l’échec fait endurer. Vous pouvez vous dire que vous êtes bien vivant. Vivant. Être vivant, c’est déjà une réussite.”

Elle sourit une dernière fois. Je sais qu’elle ne dit pas tout. Après tout, l’échec se vit, non? Le raconter est presque futile…parce que l’échec c’est une marque au fer rouge sur le corps, dans le cœur, dans l’esprit. “Une marque dans votre Vous”.

Vite, trop vite sans doute.

Posted On juillet 3, 2009

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Les paysages défilaient à un vitesse hallucinante. Je tournais la tête vers le compteur de la voiture. 140. Vite, trop vite sans doute. Pourtant, tu ne ralentissais pas: les yeux fixés sur la route. A cette vitesse, le moindre obstacle est un aller simple vers la mort.

Mais il n’y avait personne. La petite route de campagne, solitaire, était entourée de grands champs de blés, pas encore mûrs, qui ondulaient sous le vent. Comme à la mer. Et si nous nous étions arrêtés, nous aurions pu entendre la comptine que ces épis fredonnaient.

C’est à ce moment là que j’ai remarqué le silence pesant entre nous. Tu n’avais pas allumé la radio. Tu n’aimais pas ça quand il y avait quelqu’un avec toi dans la voiture.

Je t’ai regardé conduire, impassible… un peu comme un statue. Seule ta poitrine se soulevait à chacune de tes inspirations pour s’abaisser peu après. Et tes paupières.

Et tu continuais de rouler. Je me suis sentie si seule, alors que tu étais tout prêt, à cet instant que j’en avais presque les larmes aux yeux. Mais tu ne voyais pas. Tu faisais seulement attention à la route.

J’ai serré mes mains sur mes genoux. Là, tu as dû percevoir mon mouvement.

“Bientôt” tu as fait entre tes dents.

Les champs de blé ont laissé la place à de grandes étendues d’herbes sauvages. Tu as freiné. Pas brusquement. Au contraire. Doucement comme si tu trainais avec toi une cargaison de porcelaine. La voiture s’est immobilisée. Tu as eu un profonde inspiration. Un soupir plutôt. J’ai posé ma main sur ton bras qui tenait encore le levier de vitesse.

“Là?” j’ai demandé. J’avais la main qui tremblait.

“Oui”.

Tu es sorti pour prendre ce que nous transportions dans le coffre. Je suis restée un moment seule dans l’habitacle. Lentement, je me suis détachée et j’ai ouvert la portière. Mes jambes tremblaient. La vitesse? Ces cendres? Toi?

D’une main tu m’as attiré à toi tandis que de l’autre tu tenais l’urne grise contenant ses cendres.

“Ca va aller?” tu m’as demandé.

“Louis…c’est de ta femme qu’il s’agit.”

Tu as eu un drôle de rictus sur le visage tout en me regardant intensément. Ta femme, oui, même si ça ne tournait plus rond avant son départ. Je l’aimais bien Noémie. Beaucoup même. Mais… Oui, il y a toujours des mais. Mais il avait fallu que tous les deux on se plaise. Malgré mes scrupules, mes réticences. Malgré ton engagement. Cette époque avait été terrible. Te voir avec elle. Je vous aimais tous les deux. Elle m’adorait et commençait à se détacher de toi pour un grand blond de son groupe de plongée. Et toi, tu te détachais d’elle pour moi. Et moi…je tombais pour toi. Histoire compliquée. Histoire qui avait pourtant fini par bien se régler. Jusqu’à… jusqu’à l’accident de Noémie au fond de l’eau. Pas encore divorcés officiellement (ça prend toujours du temps), tu es devenu veuf d’une femme que tu n’aimais plus. Le grand blond est parti sans donner de nouvelles.

“Et c’est de ton amie qu’il s’agit” tu m’as répondu après ton long regard.

Nous avons un peu marché… avant de les disperser. Noémie adorait dormir dans les hautes herbes… encore plus que plonger. C’était son truc. Alors, elle reposerait ici à jamais. Tu as glissé ta main dans la mienne une fois les cendres dispersées.

C’était fini.

Stop !

Posted On juin 26, 2009

Classé sous pensées

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Stop.

Stop. Stop.

Stop. Stop. Stop.

Stop. Stop. Stop. Stop.

Stop. Stop. Stop. Stop. Stop.

Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop.

Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop.

Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop.

Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop.

Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop.

Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop.

Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop.

Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop.

Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop.

Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop.

Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop.

Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop.

Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop. Stop.

Assez!

A décidé d’être heureuse. Voilà !

Plus de questions. Assez ! Stop !

Stop !

A quoi?

Posted On juin 25, 2009

Classé sous pensées

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A quoi pense-t-il?

Impassible, le regard lointain…presque perdu. Accoudé sur le comptoir. Interdit. Pensant. Pense-t-il à tout ce qu’il a dû traverser avec réussite? A quoi pense-t-on quand on a si bien réussi? A quoi pense-t-on quand tout est fini pour ça?

C’est étrange, je n’arrire toujours pas à me projeter. Peut-être. Un jour. Who knows?

Et puis, “tidoum”…et il revient à lui aussitôt, avec le sourire et les yeux brillants d’éloquence, d’intelligence et de gentillesse. “Bonjour!”

Je n’arrive toujours pas à me projeter.

S’il te plaît…

Laisse-moi t’oublier

Laisse-moi m’éloigner

Toi tu t’en fais pas

Tu n’es même plus là

Laisse-moi t’oublier

Laisse-moi m’éloigner

Toi tu m’as laissée

Sans te retourner

~

Chacun se défie

Joue avec sa vie

Toi t’as pris ton temps

Tout naturellement

Chacun cherche un jour

A trouver l’amour

Toi tu m’effaces

Sans laisser de traces

~

Et voilà pourquoi

Moi j’étais à toi

Si tu es l’autre j’étais l’une

Il faut à chacun sa chacune

“J’y crois pas”

Posted On juin 12, 2009

Classé sous souvenirs de vie

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Comment dire, raconter? … Mais mes mots n’arriveront pas à décrire…

Sentir son cœur battre si fort dans sa poitrine. Tourner les clés de la voiture. Enclencher la marche arrière. “J’ai peur”.

Feu rouge. “Putain, je pouvais pas l’avoir vert celui là!”.

Petit tracteur vert avec son autocollant “25km/h”. “Non mais c’est pas vrai, ils sont tous de sortie aujourd’hui.

Clignotant. Petite accélération. Feu rouge. “Encore!”

Le bâtiment en vue. Nouvelle accélération du cœur. Mal au ventre,  mal au cœur. Trembler.  “C’est normal de trembler autant?”.

Marche avant pour se garer, c’est plus simple. Toute manière j’aurais été incapable de me garer en bataille en marche arrière.  Trop de tremblements.

Couper le contact. “et moi, on me coupera la tête?”. Sortir. Portable glissé dans le jean. Marcher. Mettre un pied devant l’autre. “Putain, j’ai peur.”

Un pied après l’autre. “Y’a beaucoup trop de monde“. Des sourires et des larmes. “Putain et moi?”.

La main dans les cheveux. Se la jouer détachée. Alors que pas du tout. Plus j’approche, plus j’ai l’impression que mon coeur va exploser.

“Liste par mérite”. Ok, ça commence bien…seulement les pris d’afficher.

Mes yeux survolent en partant du bas … “rien…putain rien”. L’inquiétude augmente. Le stress, l’angoisse, la peur du vide. Et là…

Et là….

Et là ! ! ! ! !

Main sur les lèvres (pour ne pas crier, pour ne pas pleurer). Et un truc bizarre qui se met à danser comme un dingue dans ma poitrine. “J’y crois pas”. Ceux là je les ai dit tout haut. J’ai vérifié. Bien. Très bien. J’me suis éloignée. Heureuse, libre…et émue. J’ai senti les larmes. De joie. Libre!!. Premier appel. Là j’ai pleuré un peu. C’était trop beau.

Envie d’embrasser tout le monde…. (euh…à vérifier quand même…).

Roumba! La vie est belle ! Roumba ! Finis les mauvais rêves…

Et le coeur, toujours à trois cents à l’heure… mais à trois cents à l’heure de bonheur….

Le bout du tunnel.

leboutdutunnel

L’Atlantique

Posted On juin 5, 2009

Classé sous higgledy-piggledy

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J’ai lâché le téléphone lorsqu’elle m’a appris la nouvelle. C’était tout simplement impossible, et pourtant…

J’ai alors pris ma voiture et j’ai roulé, roulé sous la pluie battante. Sans musique, sans rien d’autre qu’un faisceau de pensées. Et le bruit de mes essuie-glaces que j’aurais déjà dû changer.

J’ai roulé tellement longtemps, sans savoir où j’allais. La voiture était mon refuge en cas d’avis de tempête. Rouler me faisait du bien quand tout autour tournait si mal. Rouler me permettait d’évacuer le surplus d’émotions. Émotions tueuses.

J’ai roulé tellement longtemps que lorsque le jour s’est levé je me suis retrouvée longeant un bord de mer. Je me suis approchée et j’ai laissé ma voiture sur le bas côté. Il était près de six heures du matin, je n’avais pas sommeil.

Et, c’est là que je l’ai vu, assis sur le sable, les yeux plongés dans l’océan. Je me suis éloignée pour m’asseoir plus loin, pour le laisser tranquille et pour être tranquille. Quoi de mieux qu’être seul pour ruminer sa peine face à l’océan ?

J’ai aussi plongé mes yeux dans cet océan et c’était réconfortant, sans savoir pourquoi.

« -La plage des méditations » tu as fait en arrivant. «-Je peux m’asseoir ? »

J’ai haussé les épaules, peu m’importait en fait. Le monde tournait encore, alors que moi, mon monde s’était brisé. En plein vol. Déflagration.

«-David »

«-Eléonore »

C’était étrange comme rencontre.

«-On se trouve à quel endroit de la Manche ? Ai-je demandé.

-Non, l’Atlantique

-Wow… »

Tu ne m’as pas posé de question pendant quelques minutes, puis, intrigué par ma confusion tu m’as demandé :

« -Pourquoi tu croyais que c’était la Manche ?

-J’ai roulé sans savoir.

-Je suis là depuis hier soir. »

C’était peut-être confidence pour confidence. Tu ne me jugeais pas et je ne te jugeais pas.

« -Chagrin ? As-tu fait.

-Une amie qui était malade…très gravement depuis plusieurs mois…vient de mourir.

-Mon père a frappé ma mère avant le repas hier. Elle est partie. Ils vont divorcer. Je déteste mon père. »

Il n’y avait pas de « désolé », ni de mot de réconfort. Et c’était bien comme ça…parce que chacun comprenait un peu de la douleur de l’autre.

« -Emmène-moi loin d’ici, as-tu dit.

-Mais moi ici je suis loin de chez moi.

-S’il te plaît. »

C’était étrange parce que je te faisais confiance sans te connaître et que c’était sans doute réciproque.

« -Je ne crois plus en rien, as-tu continué. Ni en personne.

-Et au hasard qui fait que deux personnes paumées se retrouvent ici ?

-Emmène-moi.

-D’accord. »

J’ai repris la route, avec toi sur le siège passager.

« -Elle avait quoi cette amie ?

-Un cancer.

-Ca faisait vingt-et-un ans qu’ils étaient mariés. Tu n’écoutes pas de musique ?

-Non, sinon je vais pleurer.

-Et tu ne veux pas pleurer ?

-J’ai promis.

-Mon père aussi il avait promis de rendre ma mère heureuse.

-Tu fais quoi dans la vie ?

-J’étudie…

-Quoi ?

-Le droit. Quelques années de plus et je pourrais être l’avocat de ma mère. Toi ?

-Médecine.

-Quelques années de plus et tu aurais pu sauver ton amie.

-Elle voulait partir, en avait marre de souffrir. On voulait qu’elle se batte comme au début. Elle était fatiguée… ne croyait plus en rien, ni en personne.

-Pourquoi tu reprends mes mots ?

-Parce que tu as su dire ce qu’elle nous transmettait dans ses regards.

-Tu ne pleureras pas ? »

J’ai pilé. Nous nous trouvions en rase compagne. J’ai laissé la voiture en plein milieu de la route et je suis sortie.

J’ai marché un peu dans le champ à côté. Tu avais raison, cette promesse… je ne la tiendrais pas, trop dure. J’ai mis mon poing dans la bouche pour réfréner un sanglot. Trop tard. Et toi, tu as mis ton bras sur mon épaule.

« -Il faut toujours pleurer, surtout quand on perd un ami.

-Je voudrais oublier.

-On n’oublie rien.

-Elle va tellement me manquer.

-Tu apprendras à vivre avec, comme tout le monde.

-C’est trop dur.

-Je t’aiderais.

-Je ne te connais pas.

-Et tu te fais souvent consoler par des inconnus ?

-Et toi tu demandes souvent à des inconnus de t’emmener loin de chez toi ?

-« Un jour j’ai vu le soleil se coucher quarante trois fois. », as-tu cité.

-« Tu sais… quand on est tellement triste on aime les couchers de soleil ». St Exupéry, ai-je complété.

-J’étais sensé finir la phrase.

-Alors, finis-la. »

Et là, sans prévenir et sans te repousser, tu m’as embrassé.

« - « -Si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde… » »

Tu es devenu silencieux pendant quelques secondes avant de reprendre :

« -« S’il te plaît… apprivoise-moi ! »”

« Un jour, tu rencontreras quelqu’un qui voudras t’aimer…ce jour-là…laisse-toi faire. Ne sacrifie pas ta vie pour moi. Au contraire, vis ! Pour me faire plaisir ! Je vis par procuration, alors s’il te plaît… vis ! » Amélie m’avait dit ça un jour après l’une de ses séances, particulièrement fatigante de chimiothérapie.

-« Comment je fais ? »

Et à nouveau tu m’as embrassé.

22/02/09.

Echafaudage

Posted On mai 29, 2009

Classé sous higgledy-piggledy

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J’me suis glissée sous la couette, épuisée. Comme jamais. J’avais des tas de pensées qui me tarabustaient l’esprit. Sans relâche. Pensées assassines.

J’me suis retournée plusieurs fois respirant l’odeur de la lessive des draps. Je n’arriverais pas à dormir. J’ai pris mon portable. Trois fois, j’ai composé le numéro, mais me dégonflant au moment de l’appeler vraiment. Parce que je ne savais pas, n’étais pas certaine…même si quelque chose au plus profond de moi…me disait que je ne me trompais pas.

Mensonge!

Ouvre tes yeux!

J’ai laissé tomber pour finalement m’endormir. Pas longtemps. Poursuivie par ces drôles de rêves…

On n’échappe pas à sa conscience. Dans mon propre piège.

Comme jamais.

“He wasn’t”

Posted On mai 20, 2009

Classé sous higgledy-piggledy

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Il dansait sur le milieu de la piste avec une fille blonde, en y mettant toute son assurance et sa provocation. Il était mignon, adulé ; il le savait et en jouait.

Il faisait tourner cette fille sur cet air de rock’n’roll. Il la faisait tourner, oui, mais ne cessait, quand cela était possible, de poser ses yeux bruns sur une autre fille assise près de la piste. Cette fille, assise, applaudissait (les couples qui dansaient) comme tout le monde. Mais elle avait un sourire spécial. Un sourire en coin lorsqu’un de ses amis se pencher à son oreille pour lui raconter « n’importe quoi ».

Et lui, il dansait avec cette fille blonde…mais ça n’avait plus aucun intérêt. Parce qu’il pouvait avoir plein de filles comme ça, sauf la brune assise et qui applaudissait. Et ça l’agaçait.

Elle n’était pas des plus jolies. Elle était différente, c’est tout, et c’est ça qui la rendait attirante. Elle l’avait repoussé. Et ça l’agaçait. Parce que c’était la première fois qu’il ne pouvait jouer comme il le voulait, et ça l’agaçait tellement. Surtout que cette fille n’était pas exceptionnelle, pas des plus jolies, pas des plus drôles parce qu’elle ne faisait pas partie d’une groupe d’amis super cool toujours en train de rire, mais, … elle avait un sens de la répartie et une façon de le « casser » chaque fois qu’il se trouvait à lui parler… ça l’agaçait…mais il aimait ça…qu’une fille ose lui tenir tête. Ça rendait la chasse encore plus excitante. Et ce qu’il cherchait maintenant c’est lui faire perdre pied, l’avoir pour lui et en faire ce qu’il voudrait.

Like a goldfish

Posted On mai 20, 2009

Classé sous esver

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« -Oh, regarde, tout est si calme ! Isil ? Pourquoi tu ne me réponds pas ? »

Tout était tellement calme, trop calme pour être vrai car plus rien ne bougeait tout autour de moi. L’arbre sous lequel j’étais assise à côté d’Isil laissait la lumière percer entre son feuillage.

Et même le soleil était froid et aucune odeur d’herbe ou de terre. Seulement un paysage comme figé, comme s’il s’agissait d’une photo.

Isil s’est levée et je l’ai suivi jusqu’à une petite tombe blanche brillante par l’éclat du soleil. Et, dessus, une petite plaque, avec mon prénom et mon nom.

« -Alors c’est ça être mort ? M’écriais-je en réalisant que je ne rêvais pas. »

Ne plus rien sentir, ne plus rien entendre. J’ai voulu prendre Isil dans mes bras, mais je me suis alors rendu compte que je n’avais plus alors ni bras, ni aucune partie corporelle. Je n’étais pas. Et pourtant, j’étais là avec elle. Et ça avait l’air si réel. Mais pourquoi pouvais-je voir alors ?

Et puis, ça a changé de décors, un autre cimetière, du vent que je ne sentais pas et des feuilles mortes. Isil toujours.

« I’ll be always here for you, whatever happens »

Et moi, je continuais de penser, mon âme, ma conscience, mon esprit ? Je ne le sais. Mais je me plais à croire que de mes atomes pensifs se sont accrochés à Isil, et à tout ceux que j’aime  et que je me trouve tous les jours à leur côté… même si les images que je me fabrique sont fictives. Je sens seulement leur présence à mes côtés ; ou plutôt je reste près d’eux.

Et comme un poisson rouge qui perd la mémoire toutes les minutes, je recommence toujours à sentir la même chose, à les sentir près de moi sans pouvoir les toucher, leur parler, ni même les voir.

Des images fictives, des atomes pensifs mais une sensation de présence. J’aime croire que la mort ressemble à ça.

Whatever happens, I’ll be here for you Isil.

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