…Laissons-nous dépendre de nous…
“Londres. Vue du ciel. Heathrow. L’avion pique vers le bas. Je ne sais pas ce qui m’attire à toi Londres, mais le fait est là.
Douane. Contrôle. Et je récupère cette lourde valise noire. Il y a tous ces gens qui marchent vite en traînant derrière eux une valise, ces gens qui se retrouvent…c’est presque effrayant.
Et j’attends… j’attends de voir quelqu’un brandir une petite pancarte avec mon nom tandis que je serre contre moi une pochette avec les diplômes en journalisme de Sciences Po.
Soudain, un type blond tirant lui aussi une valise m’interpelle.
“-Mlle Riviera? Me demanda-t-il avec cet accent anglais que j’aime tant. Mr Rey. C’est moi qui vais vous conduire jusqu’aux bureaux. Je suis désolée du retard…mais cette foutue valise était partie refaire un tour de tapis. Nous étions dans le même avion, j’avais des affaires à régler à Paris.”
Tu étais fascinant…parce que tu débitais un flot de paroles, avec cet accent anglais parfait, et parce que tu ne cessais de sourire, toujours.
“-Je peux prendre votre valise? Demandas-tu.
-Vous avez déjà la vôtre. Ça ira comme ça.”
Tu as encore souri mais cette fois-ci certainement à cause de mon accent sonnant désespérément français. Tu as quand même pris ma valise, malgré. J’apprendrais plus tard que tu avais été diplômé de Cambridge quatre ans plus tôt et que tu étais mon premier supérieur au Guardian où j’effectuais mon stage. Tu t’appelais Philip et tu souriais tout le temps.”
“Quatre mois plus tard. Je t’ai croisé devant la galerie nationale un dimanche matin. Tu m’as invité à prendre un thé.
“-Qu’y a-t-il à Londres que vous n’avez pas à Paris? M’as-tu demandé avec ce même sourire.”
Jusqu’ici j’avais tenu face à ton sourire, mais celui-là était celui de trop.”
“Quatre ans plus tard. Londres. Vue du ciel. Cet avion n’en finissait pas de descendre sur la piste d’atterrissage.
J’ai récupéré ma valise, la même noire que quelques années plus tôt. Tu étais là à m’attendre avec le même sourire qui m’était en fait réservé. Je me suis abandonnée dans tes bras. Nous dépendions sentimentalement chacun de l’autre. Londres t’avait et Paris non…”
juin 9, 2008