Même & M’aime
Il vaut des fois mieux ne pas se poser de questions pour savoir où l’on en est car on se rend alors compte que l’on n’en sait strictement rien, que l’on est juste perdu quelque part… mais où?
Elle voulait arracher tout ce qui criait en elle; ce coeur trop lourd à la limite d’exploser, les moindres parcelles de son corps qui hurlaient, ses yeux gris-vert-jaune-marron -dont elle n’arrivait à définir la couleur- mais qui voyaient ce qui fait mal, cette bouche qui ne trouvait les bons mots.
Elle était fière d’avoir une soeur comme elle…parce qu’elle était jolie, intelligente, sympathique et que ça avait été longtemps comme un modèle. Elle regrettait parfois que tant d’années les séparent…parce que ça aurait peut-être été autrement sinon. Elle avait pleuré quand elle était partie faire ses études…mais ça c’était son secret…lorsque la voiture bleue tournait à droite les dimanches soirs alors elle courait dans sa chambre ou dans la salle de bain et pleurait…parce qu’à treize -bientôt quatorze- ans, on a encore besoin de sa grande soeur. Elle avait même écrit quelques vers qu’elle n’avait jamais fait lire à personne… c’était son secret. Et alors que les pages du grand livre se tournaient…elle avait vu que toutes les deux, elles s’éloignaient. Et elle n’aimait pas ça. Elle n’aimait pas les terribles mots qu’elle entendait et parfois ceux qu’elle proférait…mais c’était pour se défendre, rien d’autre. Elle se souvenait du quai de la gare là où le train la ramenait à la maison… à ce “je t’aime” qu’elle avait si peu entendu et également si peu prononcé. Même la fée des sept H n’avait pû la consoler avec son petit dernier.
Mais aujourd’hui, elle était un peu plus lucide…elle n’avait plus vraiment de sœur…oh bien sûr, elle le restait toujours par les liens du sang…mais sinon qu’en était-il? Et c’est ça qui criait, hurlait, brûlait, se consumait en elle. Ce n’était pas juste qu’elle se répétait. Elle voulait encore croire…mais ça faisait si mal à chaque fois que ses espoirs se trouvaient déçus. Fallait-il accepter de souffrir pour un espoir encore invisible, ou se fermer à tout sentiment et devenir vide? Etre une coquille vide n’était-il pas douloureux à sa façon? Alors…elle ne savait pas et décidait de s’en remettre à plus tard…parce qu’elle n’avait pas de réponse…”ça pourrait être pire…mais ça pourrait aussi être mieux…”…
juillet 29, 2008