Vite, trop vite sans doute.

Posted On juillet 3, 2009

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Les paysages défilaient à un vitesse hallucinante. Je tournais la tête vers le compteur de la voiture. 140. Vite, trop vite sans doute. Pourtant, tu ne ralentissais pas: les yeux fixés sur la route. A cette vitesse, le moindre obstacle est un aller simple vers la mort.

Mais il n’y avait personne. La petite route de campagne, solitaire, était entourée de grands champs de blés, pas encore mûrs, qui ondulaient sous le vent. Comme à la mer. Et si nous nous étions arrêtés, nous aurions pu entendre la comptine que ces épis fredonnaient.

C’est à ce moment là que j’ai remarqué le silence pesant entre nous. Tu n’avais pas allumé la radio. Tu n’aimais pas ça quand il y avait quelqu’un avec toi dans la voiture.

Je t’ai regardé conduire, impassible… un peu comme un statue. Seule ta poitrine se soulevait à chacune de tes inspirations pour s’abaisser peu après. Et tes paupières.

Et tu continuais de rouler. Je me suis sentie si seule, alors que tu étais tout prêt, à cet instant que j’en avais presque les larmes aux yeux. Mais tu ne voyais pas. Tu faisais seulement attention à la route.

J’ai serré mes mains sur mes genoux. Là, tu as dû percevoir mon mouvement.

“Bientôt” tu as fait entre tes dents.

Les champs de blé ont laissé la place à de grandes étendues d’herbes sauvages. Tu as freiné. Pas brusquement. Au contraire. Doucement comme si tu trainais avec toi une cargaison de porcelaine. La voiture s’est immobilisée. Tu as eu un profonde inspiration. Un soupir plutôt. J’ai posé ma main sur ton bras qui tenait encore le levier de vitesse.

“Là?” j’ai demandé. J’avais la main qui tremblait.

“Oui”.

Tu es sorti pour prendre ce que nous transportions dans le coffre. Je suis restée un moment seule dans l’habitacle. Lentement, je me suis détachée et j’ai ouvert la portière. Mes jambes tremblaient. La vitesse? Ces cendres? Toi?

D’une main tu m’as attiré à toi tandis que de l’autre tu tenais l’urne grise contenant ses cendres.

“Ca va aller?” tu m’as demandé.

“Louis…c’est de ta femme qu’il s’agit.”

Tu as eu un drôle de rictus sur le visage tout en me regardant intensément. Ta femme, oui, même si ça ne tournait plus rond avant son départ. Je l’aimais bien Noémie. Beaucoup même. Mais… Oui, il y a toujours des mais. Mais il avait fallu que tous les deux on se plaise. Malgré mes scrupules, mes réticences. Malgré ton engagement. Cette époque avait été terrible. Te voir avec elle. Je vous aimais tous les deux. Elle m’adorait et commençait à se détacher de toi pour un grand blond de son groupe de plongée. Et toi, tu te détachais d’elle pour moi. Et moi…je tombais pour toi. Histoire compliquée. Histoire qui avait pourtant fini par bien se régler. Jusqu’à… jusqu’à l’accident de Noémie au fond de l’eau. Pas encore divorcés officiellement (ça prend toujours du temps), tu es devenu veuf d’une femme que tu n’aimais plus. Le grand blond est parti sans donner de nouvelles.

“Et c’est de ton amie qu’il s’agit” tu m’as répondu après ton long regard.

Nous avons un peu marché… avant de les disperser. Noémie adorait dormir dans les hautes herbes… encore plus que plonger. C’était son truc. Alors, elle reposerait ici à jamais. Tu as glissé ta main dans la mienne une fois les cendres dispersées.

C’était fini.

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